Par Fiona Crouch / Culture Project

J’ai eu du mal à trouver l’inspiration pour rédiger cet article. Étant perturbé par les événements mondiaux récents, mes pensées et émotions ont été chamboulées ces derniers mois. L’œuvre de Rezan a eu un impact profond à un moment où j’avais besoin de réconfort pour mon âme tourmentée. Cela m’a pris par surprise. J’apprécie l’art pour sa capacité à remettre en question, à déranger et à bouleverser le statu quo.
Rezan Betoula, née en 1986 à Sulaymaniyah, au Kurdistan du Sud, est une artiste de performance. Elle a étudié aux beaux-arts de Sulaimani avant de poursuivre ses études en France, où elle a obtenu deux masters à l’université Panthéon-Sorbonne à Paris. Rezan remet en question ses croyances et explore des thèmes tels que l’humanité et la religion, en particulier sa foi musulmane. Son travail artistique est influencé par l’environnement montagneux et semi-aride de sa région natale.
Au fil du temps, Rezan s’est identifiée à l’existentialisme, croyant en la liberté et la responsabilité individuelle. Spécialisée dans les arts visuels et le corps humain, son déménagement du Kurdistan en Europe a profondément influencé sa réflexion sur l’identité, le corps et la féminité. En s’immergeant dans la culture française, elle a exploré l’art féministe du XXe siècle, intégrant son propre corps et son identité sexuelle dans son travail artistique. Ce changement d’environnement a été un catalyseur pour sa recherche personnelle et artistique, l’amenant à considérer son corps comme sujet et objet central de son œuvre.
À travers ses œuvres, Rezan interroge les normes sociales et les stéréotypes de genre, cherchant à déconstruire les conventions qui limitent l’expression individuelle. Sa démarche artistique est profondément ancrée dans la revendication de l’autonomie et de l’émancipation des femmes, utilisant son art comme un moyen de défier les normes établies et de promouvoir la diversité et l’inclusivité.
En explorant des thèmes tels que la sexualité, l’identité et la corporalité, Rezan invite le spectateur à remettre en question ses propres perceptions et à envisager de nouvelles perspectives sur le corps humain. Ses œuvres suscitent une réflexion sur la complexité et la diversité des expériences individuelles, mettant en lumière la multiplicité des identités et des réalités qui coexistent dans notre société.
Ainsi, à travers son engagement artistique et sa quête de liberté et d’authenticité, Rezan incarne une voix singulière et engagée dans le paysage artistique contemporain, offrant un regard critique et inspirant sur les enjeux de genre, d’identité et de pouvoir.
La performance artistique est un genre d’art qui mêle actions en direct et arts du spectacle. Rezan, artiste de la performance, captive son public par son engagement et sa créativité. Son œuvre TransView au Centre Pompidou en 2018 montre son talent à créer une atmosphère immersive, où le spectateur se sent à la fois observateur et isolé. Sa collaboration récente, Jeu de regards à la Galerie le Patio en 2020, invite le spectateur à interagir avec des visages et des yeux sur des blocs de bois, créant une expérience participative unique. Rezan utilise son corps comme élément central de ses œuvres, explorant sa propre féminité et sa relation à son corps. Son art évoque parfois des thèmes sombres sur la condition féminine, mais sa créativité et sa passion transparaissent dans chaque œuvre, offrant au spectateur une expérience artistique profonde et immersive.
L’œuvre « L’autre moi » (ou « The Other Me » en 2014) m’a donné des frissons. L’effet de superposition dans l’installation est typique de Rezan : simple mais intelligent et percutant. Neuf portraits photographiques du visage et du haut du torse de Rezan (chacun pris dans la même pose mais présenté différemment) sont accrochés sans cadre sur un mur blanc immaculé. Deux d’entre eux, les portraits tissés, semblent anodins à première vue. L’un montre Rezan avec un bandeau tissé blanc couvrant ses yeux et l’autre avec un bandeau sur sa bouche. Cependant, une femme qui ne peut ni voir ni parler en raison de ses yeux ou de sa bouche couverts suggère une contrainte liée au genre féminin (le tissage étant traditionnellement associé aux femmes dans de nombreuses cultures).
Dans cette pièce, Rezan dénonce l’objectification des femmes, allant jusqu’à les représenter comme de simples morceaux de viande. « L’hymen » et « L’objet de désir (Le vagin) » présentent du sang et/ou de la chair humaine. Dans « Le non-corps », son visage est assimilé à un morceau de viande, vêtu d’un tchador. De plus, j’ai remarqué comment certaines parties intimes du corps féminin se voient attribuer un pronom masculin, suggérant un contrôle masculin sur la reproduction et l’identité des femmes.
Cette œuvre soulève davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses : Rezan ne cherche pas seulement à choquer son public, mais à l’immerger dans son propre voyage existentiel. Le tapis de prière placé en premier plan est intrigant, semblant être un souvenir bon marché avec un haut-parleur intégré. Pour moi, c’est une critique de sa perception de la pratique religieuse. Les cinq bougies utilisées captent l’attention : les musulmans n’ont pas recours à la lumière ou aux bougies dans leurs rituels, mais ils prient cinq fois par jour.
[1] https://www.tate.org.uk/art/art-terms/p/performance-art
[2] http://cultureproject.org.uk/the-meaning-of-art-rezan-betoulas-identity-and-self-liberation/

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